ÉCONOMIE LES ADMINISTRATIONS
TRACFIN Le service français anti-blanchiment
À l'instar de la plupart des pays industrialisés, la France s'est dotée, depuis plusieurs années, d'une législation anti-blanchiment et a mis en place des structures opérationnelles chargées de combattre le recyclage de l'argent sale. C'est ainsi que la cellule TRACFIN (Traitement du Renseignement et Action contre les Circuits FINanciers clandestins) a été créée en 1990. Ce service administratif, relevant du ministère de l'Économie, des finances et de l'industrie, constitue à la fois une centrale de renseignements financiers et une unité spécialisée de lutte contre le blanchiment.
Cet article, rédigé en liaison avec le service Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins, reprend notamment des éléments du dossier de presse La Douane en 1998, présenté le 24 mars 1999.
Blanchir de l'argent consiste à "légaliser", par divers procédés, le
produit financier d'un crime ou d'un délit. Ce phénomène (voir encadré) constitue aujourd'hui un réel fléau, contre
lequel la communauté internationale se mobilise activement. Le dispositif français est
donc une déclinaison, au niveau national, de l'arsenal juridique déployé à l'échelle
planétaire.
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La législation française anti-blanchiment
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TRACFIN, un service pluridisciplinaire
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Un partenariat avec les intermédiaires financiers
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Une activité en développement constant
De février 1991, date de son démarrage opérationnel, au 31 décembre 1998, TRACFIN a
enregistré 6 109 déclarations de soupçon émises par les organismes financiers.
En l'espace de près de huit années, le nombre de signalements communiqués a fortement
progressé : 179 déclarations en 1991, contre 1 244 en 1998, soit un rapport de 1 à 7 (voir tableau 1). C'est
principalement à partir de 1995 que l'activité du service s'est développée de manière
significative, traduisant ainsi l'efficacité du travail de détection opéré par les
intermédiaires financiers.
Apprécié sur un plan mensuel, le rythme actuel des déclarations transmises atteint une
moyenne supérieure à 100. Plus de 98 % sont opérées par écrit, les communications
verbales demeurant exceptionnelles (1,14 %).
Analysées par secteur d'activité, les données statis-tiques reflètent la collaboration
soutenue des banques et des établissements de crédit avec un taux déclaratif de 67 %.
La participation des autres institutions financières demeure contrastée, mais s'accroît
de manière régulière suite aux actions de sensibilisation menées par TRACFIN ces deux
dernières années.
En ce qui concerne le secteur des assurances, le nombre de déclarations reçues au cours
de la période de référence a doublé, passant de 2,5 % à près de 5 % du volume total
des dénonciations adressées ; les chiffres de 1997 et de 1998 sont nettement
supérieurs, avec un taux dépassant 10 %. S'agissant des changeurs manuels, l'évolution
s'avère comparable, puisque les signalements en provenance de ces professionnels,
inférieurs à 5 % en 1995, ont atteint le taux de 9 % en 1998. La dynamisation des
entreprises d'investissement (ex-sociétés de Bourse), récemment engagée, permet
d'espérer des résultats en nette amélioration.
Quant à la nouvelle participation des intermédiaires immobiliers, les premiers
résultats obtenus laissent augurer une collaboration fructueuse avec TRACFIN, sous-tendue
par des actions de sensibilisation à l'intention, d'abord, des membres du corps notarial,
puis des représentants des fédérations d'agents immobiliers.
| Déclarations de soupçon par année et par mois | |||||||||
| Mois | 1991 | 1992 | 1993 | 1994 | 1995 | 1996 | 1997 | 1998 | Total |
| Janvier | 0 | 21 | 49 | 34 | 86 | 40 | 75 | 91 | 396 |
| Février | 2 | 43 | 55 | 55 | 85 | 78 | 95 | 113 | 526 |
| Mars | 8 | 34 | 47 | 47 | 81 | 66 | 84 | 111 | 478 |
| Avril | 10 | 38 | 46 | 51 | 87 | 97 | 127 | 76 | 532 |
| Mai | 5 | 36 | 30 | 45 | 42 | 42 | 67 | 74 | 341 |
| Juin | 19 | 35 | 53 | 66 | 103 | 78 | 111 | 91 | 556 |
| Juillet | 26 | 28 | 73 | 69 | 46 | 100 | 134 | 95 | 571 |
| Août | 11 | 23 | 47 | 41 | 68 | 60 | 76 | 122 | 448 |
| Septembre | 12 | 24 | 62 | 70 | 74 | 69 | 83 | 95 | 489 |
| Octobre | 45 | 37 | 68 | 55 | 71 | 119 | 118 | 127 | 640 |
| Novembre | 22 | 28 | 53 | 72 | 65 | 67 | 105 | 108 | 520 |
| Décembre | 19 | 41 | 65 | 78 | 56 | 85 | 127 | 141 | 612 |
| Total | 179 | 388 | 648 | 683 | 864 | 901 | 1 202 | 1 244 | 6 109 |
| Moyenne mensuelle | 16 | 32 | 54 | 56 | 72 | 75 | 100 | 103 | 58 |
Source : TRACFIN.
| Évolution du nombre de déclarations de soupçon reçues par TRACFIN |
|
Source : TRACFIN.
À partir de l'ensemble des déclarations réceptionnées, TRACFIN a porté, au 31
décembre 1998, 318 affaires en justice.
Pour la seule année 1998, 105 dossiers ont été adressés aux procureurs de la
République territorialement compétents. Il s'agit là d'un nombre record, marquant, pour
la première fois depuis l'entrée en activité du service, le franchissement du seuil
symbolique des 100 transmissions. La progression est en effet particulièrement importante
: de 7 affaires communiquées aux autorités judiciaires en 1991, le rythme s'élève à
47 en 1996, à 76 en 1997 et donc à 105 en 1998, soit un rapport de 1 à 15.
Les affaires de 1998 représentent un montant cumulé de près de 2,7 MdF, 25 dépassant
chacune 20 MF et 18 étant comprises entre 3 MF et 10 MF.
L'importance des capitaux en jeu doit bien entendu s'apprécier au regard des
prolongements internationaux des dossiers. À cet égard, il convient de souligner que de
nombreuses informations recueillies par le mécanisme des déclarations de soupçon et
grâce aux prérogatives de TRACFIN ont pu être directement communiquées aux structures
analogues d'autres États, leur permettant ainsi de saisir leurs autorités judiciaires
nationales, voire d'effectuer la confiscation de certains avoirs.
Graphique 2
| Graphique 2 |
|
Source : TRACFIN.
| Graphique 3 |
|
Source : TRACFIN.
L'autorité judiciaire est destinataire de droit des informations recueillies par TRACFIN.
Son rôle est essentiel, car elle doit assurer la coordination entre l'unité
administrative anti-blanchiment et les services chargés des enquêtes policières ou
douanières.
Sur un plan général, les contacts de TRACFIN avec la justice sont de plus en plus
nombreux. Il est fréquent que les juges prennent l'attache du service pour solliciter ses
avis ou conseils sur des affaires financières, et ce, même après leur saisine.
Ainsi la transmission au Parquet ne marque-t-elle plus la fin de la compétence de
TRACFIN. En dehors du traitement des dossiers transmis, il est désormais habituel que les
affaires les plus sensibles fassent l'objet de contacts préalables à leur transmission
en justice. Ces contacts permettent un éclairage des procureurs sur l'environnement de
certaines opérations, ce qui facilitera leur compréhension du dossier.
S'agissant des condamnations prononcées pour faits de blanchiment, il appartient au
ministère de la Justice d'en communiquer le nombre et la nature exacts. Néanmoins, à
partir des informations parvenues à TRACFIN, il est possible d'avancer le nombre,
approximatif, de 35 condamnations. À titre d'illustration, un dossier récemment transmis
par TRACFIN concernant une affaire de blanchiment du produit d'un trafic de stupéfiants a
donné lieu à la confiscation par l'autorité judiciaire de plusieurs biens immobiliers
(cinq appartements) ainsi que de divers comptes bancaires.
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Fondement du dispositif national : la collaboration interministérielle
Si TRACFIN constitue l'interlocuteur privilégié des organismes financiers, par le biais
du mécanisme des déclarations de soupçon dont il est le destinataire exclusif, d'autres
services de l'État jouent également un rôle actif dans la traque des recycleurs
d'argent sale.
L'Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) a
été créé, au sein du ministère de l'Intérieur, le même jour que TRACFIN au
ministère de l'Économie et des finances. Cette identité d'origine traduit la
complémentarité des deux agences, qui n'appréhendent pas le processus de blanchiment au
même stade. L'expertise financière conduite par TRACFIN sur le fondement de la
déclaration de soupçon doit être corroborée par le service en charge de l'enquête
judiciaire, à qui il revient de rapporter la preuve de l'infraction initiale.
L'OCRGDF, rattaché à la direction centrale de la Police judiciaire, dispose d'une
compétence sur l'ensemble du territoire national en matière de blanchiment, jouant le
rôle de bureau Interpol France dans le cadre de ses attributions.
Sur le plan opérationnel, TRACFIN et l'OCRGDF entretiennent des relations régulières.
Il s'agit soit de contacts quotidiens ponctuels sur des affaires données, soit de
réunions d'experts périodiques, soit encore de la participation commune à des actions
de formation professionnelle ou de sensibilisation des professions concourant au
dispositif de lutte anti-blanchiment.
Mais c'est l'échange d'informations qui caractérise le mieux les rapports entre les deux
entités. Prévue dans la loi du 12 juillet 1990, cette procédure se déroule en pratique
à un double niveau :
- lors des investigations menées par les deux structures sur les dossiers qu'elles
traitent, des interrogations systématiques sont régulièrement effectuées afin de
déterminer si l'une ou l'autre possède déjà des renseignements ;
- lorsqu'un dossier a été transmis au Parquet par TRACFIN, des réunions bi ou
tripartites peuvent avoir lieu en vue d'évaluer le contenu des informations fournies, de
les compléter si nécessaire et de définir les méthodes d'action les plus efficaces.
Qu'elle se traduise par des actions de prévention ou de répression, la lutte contre la
délinquance économique et financière, au développement et à la complexité
croissants, constitue un enjeuxu majeur pour l'institution judiciaire.
Ainsi la loi du 1er février 1994 qui facilite la saisine des juridictions spécialisées
dans ce domaine, a-t-elle renforcé l'efficience de ce combat.
Dans la foulée, le 20 juillet 1994, la direction des Affaires criminelles et des grâces
du ministère de la Justice s'est enrichie d'une sous-direction des Affaires économiques
et financières. En son sein, un bureau spécialement chargé de la lutte contre la
criminalité organisée, le trafic de stupéfiants et le blanchiment de fonds, a vocation
à coordonner auprès des juridictions la mise en oeuvre des enquêtes judiciaires
initiées par l'OCRGDF ou résultant des dossiers transmis par TRACFIN.
Cette coordination consiste notamment à suivre le déroulement des enquêtes judiciaires
et dans ce cadre :
- à examiner et à déterminer, le cas échéant, le choix de la juridiction appelée à
instruire une procédure de blanchiment, dans l'hypothèse où plusieurs instances se
révéleraient compétentes ;
- à harmoniser, en liaison avec le service des Affaires européennes et internationales,
les enquêtes se déroulant sur le territoire français et celles menées par des
autorités judiciaires étrangères.
Cette politique de coordination a permis de mettre en lumière les difficultés liées au
caractère transnational desdites enquêtes et de sensibiliser les juridictions à la
lutte contre le blanchiment, délinquance occulte, qui bien souvent ne fait pas de
victimes apparentes.
Le ministère des Affaires étrangères assure le suivi de l'ensemble des procédures
ayant trait à la négociation, la conclusion, la signature et la ratification des accords
internationaux, y compris les conventions relatives à la lutte contre le blanchiment.
Par l'intermédiaire de ses représentations à l'étranger, ce département ministériel
effectue toute démarche au nom des autorités françaises auprès des gouvernements
étrangers ou des institutions internationales et reçoit, en sens inverse, toute demande
des autorités locales.
Le réseau des ambassades constitue donc un relais privilégié en matière de lutte
anti-blanchiment. C'est pourquoi une sensibilisation du personnel diplomatique à ce
domaine d'action, ainsi qu'au rôle de TRACFIN, est effectuée, notamment grâce au
concours des attachés douaniers et de police.
Par ailleurs, de très fréquents contacts avec la sous-direction de la Sécurité du
ministère des Affaires étrangères, compétente pour les questions de blanchiment,
contribuent à étendre l'influence de TRACFIN sur le plan international.
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L'action internationale : une donnée essentielle
Le blanchiment d'argent sale est par essence un délit transnational, qui non seulement se
joue des frontières, mais les utilise pour brouiller la trace d'opérations financières
successives réalisées à travers la planète ou, à tout le moins, ralentir le cours de
la justice, voire le bloquer dans le cas, par exemple, où les capitaux transitent par des
centres extra-territoriaux, plus communément appelés places offshore. Aussi la
coopération internationale revêt-elle une importance capitale pour la lutte
anti-blanchiment (1). TRACFIN s'est donc employé,
dès sa création, à tisser un réseau dense de relations internationales, que ce soit au
niveau bilatéral ou multilatéral, véritable atout dans sa lutte contre l'argent sale.
Elle constitue le terreau dans lequel s'enracinent les échanges quotidiens de
renseignements financiers, dont l'analyse et le recoupement patiemment opérés
déboucheront sur la traduction en justice des blanchisseurs présumés.
À ce jour, TRACFIN a signé 12 accords de coopération bilatéraux avec les services :
- d'Australie (AUSTRAC), en novembre 1991 ;
- d'Italie (Garde des Finances), en janvier 1992 ;
- des États-Unis (FINCEN), en février 1992 ;
- de Belgique (CTIF), en février 1994 ;
- de la principauté de Monaco (SICCFIN) en octobre 1994 ;
- d'Espagne (SECPBLAC), en juillet 1996 ;
- d'Italie - à nouveau - (Direction des investigations anti-mafia), en septembre 1996 ;
- du Royaume-Uni (NCIS), en mai 1997 ;
- d'Argentine (SEDRONAR), en juin 1997 ;
- du Mexique (Procuraduria Fiscal), en octobre 1997 ;
- de la République tchèque (Financial Analytical Unit Ministry of Finance), en juin 1998
;
- du Portugal (Direction centrale d'investigation du trafic de stupéfiants de la police
judiciaire), en septembre 1998.
La collaboration avec ces unités spécialisées, a fortiori avec celles liées à TRACFIN
depuis plusieurs années, se déroule dans d'excellentes conditions. Elle est confortée
par des rencontres régulières et des échanges systématiques de personnels.
Parallèlement aux contacts bilatéraux entretenus avec ses partenaires étrangers,
TRACFIN développe une intense activité dans des enceintes internationales traitant du
blanchiment, sous ses différents aspects.
Le GAFI
TRACFIN fait partie de la délégation française au Groupe d'action financière
internationale contre le blanchiment de capitaux (GAFI), dont l'action est déterminante
dans la définition et l'orientation de la politique anti-blanchiment mondiale.
Cet organe réunit actuellement 26 pays, dont la France, et deux organisations
internationales (la Commission européenne et le Conseil de coopération du Golfe). Il a
défini en avril 1990 un programme de 40 recommandations, révisé en 1996, que tous les
participants se sont engagés à adopter (voir
encadré).
La France occupe une place centrale au sein du GAFI, dont elle a assuré les deux
premières années de présidence. TRACFIN, considéré comme l'élément central du
système français anti-blanchiment lors de son évaluation en 1996 par l'enceinte
internationale, joue un rôle important au sein de la délégation française, conduite
par la direction du Trésor.
Par ailleurs, TRACFIN s'affirme auprès des GAFI régionaux, notamment dans la zone
Caraïbes, et participe à l'animation des conférences de sensibilisation au blanchiment,
organisées à leur intention, sous l'égide du Groupe.
TRACFIN étend également son influence au sein du Groupe Egmont, créé en 1995.
Réunissant les services anti-blanchiment, ou unités de renseignements financiers, du
monde entier (38 URF recensées à ce jour), cette enceinte constitue un forum de
réflexion à vocation opérationnelle. Sa finalité est d'organiser les modalités
pratiques de la coopération entre ces unités spécialisées, de sorte que les
renseignements financiers circulent rapidement entre elles.
Le Groupe Egmont est donc la réponse concrète des URF à l'internationale des
blanchisseurs. Dans cette optique, il a élaboré un accord-type de coopération
bilatérale, créé un réseau de communication rapide et sécurisé, mis sur pied des
ateliers régionaux où les agents de terrain, analystes ou enquêteurs, se retrouvent
régulièrement pour examiner en commun les cas auxquels ils sont confrontés.
TRACFIN participe activement aux réunions du Groupe, ainsi qu'aux sessions
intermédiaires des groupes de travail : "formation", "cadre
juridique", "technologie" et "assistance". Ce dernier, de
création récente, a pour but d'aider les nouveaux services anti-blanchiment à se
constituer, à s'informatiser et à se développer en bénéficiant de l'expérience
acquise par leurs homologues étrangers.
Les autres enceintes
TRACFIN suit les travaux de l'Organisation des Nations unies consacrés au blanchiment et
les réunions du groupe FOPAC (FOnds Provenant des Activités Criminelles) d'Interpol.
Dans le cadre du Conseil de l'Europe, TRACFIN participe actuellement à l'évaluation des
dispositifs anti-blanchiment des pays d'Europe de l'Est.
Au niveau de l'Union européenne, enfin, TRACFIN est représenté au comité de contact
chargé du suivi de l'application de la directive européenne de juin 1991. Il est
également associé aux réunions du groupe multidisciplinaire "Drogue et
criminalité organisée" du troisième pilier (2),
lorsqu'elles traitent du blanchiment.
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Les nouvelles perspectives d'action
L'année 1998 a été marquée, dans le domaine de la lutte anti-blanchiment, par des
avancées significatives, notamment sur le plan législatif, et par la préparation de
réformes d'envergure sur l'échiquier international. Ces évolutions ont des effets
directs sur l'activité de TRACFIN ; les uns sont déjà perceptibles, les autres
devraient se préciser au cours des mois à venir.
Suite à la réforme introduite par la loi du 2 juillet 1998 précitée, TRACFIN a de
nouveaux partenaires : les intermédiaires immobiliers. Il s'emploie aujourd'hui à
dynamiser ses relations avec eux, au travers d'un programme d'actions de sensibilisation
en direction de la profession notariale, sous couvert du Conseil supérieur du notariat,
et des principaux syndicats professionnels d'agents immobiliers, tels que, par exemple, la
Fédération nationale de l'immobilier (FNAIM) et le Syndicat national des professionnels
de l'immobilier (SNPI).
TRACFIN a ouvert des négociations en vue de la signature d'accords administratifs avec de
nombreux pays : Grèce, Finlande, Italie (Office italien des changes ou UIC), Chypre,
Luxembourg, Suisse, Bulgarie, Slovaquie, Slovénie, Chili et Costa-Rica.
Le GAFI, pour sa part, est confronté à des enjeux d'importance. Une partie de ses
travaux va se concentrer dans les mois à venir sur l'élaboration de contre-mesures
visant les centres offshore. Un autre dossier sensible de l'année en cours sera le suivi
de la négociation du projet de convention des Nations unies sur la lutte contre la
criminalité transnationale organisée, dont l'objet recoupe en grande partie les
préoccupations anti-blanchiment.
TRACFIN sera associé aux chantiers qui précèdent. Il suivra également avec intérêt
l'avancée du projet de refonte de la directive européenne anti-blanchiment de 1990,
allant dans le sens d'une extension du nombre des professions non financières soumises au
régime de la déclaration de soupçon.
| Le phénomène du blanchiment |
| La particularité du blanchiment - en droit strict - réside dans le fait qu'il
suppose un "concours d'infractions", c'est-à-dire qu'il se définit par rapport
à une infraction sous-jacente ou initiale et sur laquelle il s'appuie, par exemple, un
trafic de stupéfiants. Les experts ont dégagé une typologie des opérations de blanchiment, sériée en trois grandes catégories, aujourd'hui bien établie au niveau international : 1) le placement, qui conduit à convertir les sommes d'argent en numéraire issues des trafics sous d'autres formes, telles que devises, or, monnaie scripturale ou électronique ; 2) la technique de l'empilage, qui interdit toute possibilité de remonter à l'origine illicite des fonds, grâce à un système complexe de transactions financières successives, au recours à des sociétés-écrans ou encore à des paradis réglementaires ; 3) l'intégration, qui se traduit par l'investissement des fonds d'origine frauduleuse dans les circuits économiques légaux d'un pays, afin de leur donner une apparence licite. Une fois le procédé de l'empilage terminé, le blanchisseur d'argent a besoin de fournir une explication pour conférer à sa "richesse" un parfum de légalité. Le blanchiment des capitaux est difficile à évaluer compte tenu de la diversité des activités frauduleuses qui l'induisent. Si les chiffres varient selon les différentes structures d'experts, il est uniformément admis que le blanchiment représente des centaines de milliards de dollars chaque année. |
| Le Groupe d'action financière contre le blanchiment des capitaux (GAFI) |
| Le Groupe d'action financière internationale contre le blanchiment des capitaux
(GAFI) a été créé en 1989 au Sommet de l'Arche, à l'initiative de la France, et s'est
imposé comme un puissant facteur de renforcement des systèmes anti-blanchiment dans le
monde, ainsi qu'un élément moteur d'amélioration de la coopération internationale. Ces 40 recommandations, actualisées en 1996, peuvent être regroupées autour de trois thèmes. 1) Le droit pénal de chaque État doit être adapté, voire renforcé, afin que les définitions respectives du délit de blanchiment de capitaux soient suffisamment similaires pour que la coopération judiciaire internationale puisse fonctionner avec le maximum d'efficacité. 2) Le droit bancaire de chaque État doit également être précisé et complété dans plusieurs domaines, en vue notamment de : - renforcer les obligations actuelles d'identification des clients et les étendre, le cas échéant, aux personnes faisant appel à un prête-nom ou à une société-écrans. Les institutions financières sont spécialement invitées à apporter une attention particulière à toutes les opérations complexes ou inhabituelles importantes et à tous les types inhabituels de transactions, lorsque celles-ci n'ont pas de cause économique ou licite apparente ; - accroître la collaboration entre les professions financières (établissements de crédit, entreprises d'investissement, sociétés d'assurances, etc.) et les autorités compétentes, afin de détecter plus efficacement les opérations mettant en jeu des capitaux d'origine criminelle, notamment en levant le secret bancaire pour permettre la communication à ces autorités des soupçons apparus au niveau des professionnels ; - définir des règles applicables aux relations financières avec les paradis réglementaires qui offrent, par essence, d'importantes possibilités de blanchiment. 3) La coopération internationale doit être développée, notamment pour ce qui concerne les échanges d'informations entre autorités compétentes sur les méthodes et les flux de blanchiment, sur les cas suspects et, dans le cadre de l'entraide judiciaire internationale, sur les enquêtes et décisions de justice telles que les saisies, confiscations, décisions de gel et extraditions. Les pays du GAFI se sont clairement engagés à accepter la discipline de se soumettre à une surveillance multilatérale et à des examens mutuels. Concrètement, pour l'ensemble de ces États, l'application des 40 recommandations est contrôlée selon un double mécanisme : un exercice annuel d'auto-évaluation et, périodiquement, une procédure mutuelle, dans le cadre de laquelle chaque membre fait l'objet d'une évaluation sur place par ses pairs. À l'heure actuelle, la priorité du GAFI réside dans l'adoption de dispositifs anti-blanchiment par les pays non membres. Des structures régionales sont ainsi mises en place dans les différentes parties du monde (Asie, Afrique, Caraïbes, Europe de l'Est), encore insuffisamment sensibilisées aux effets pervers du phénomène. |
(Note 1) Voir le cahier
"Actualités" du n° 158 des Notes Bleues de Bercy (du 1er au 15 mai 1999).
(Note 2) Depuis la signature du traité de Maastricht, on
parle d'une Union dont les objectifs sont la citoyenneté, le Marché unique,
l'intégration économique, la politique étrangère, reposant sur "trois
piliers" : le pilier PESC pour "politique extérieure et de sécurité
commune" ou premier pilier ; le pilier Communauté européenne ou deuxième pilier ;
le pilier "Affaires intérieures" ou troisième pilier.
© Les notes bleues de Bercy
Le service français anti-blanchiment
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