BOCCRF
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| N° 01 du 23 janvier 2001 | |
Avis de la Commission de la sécurité des consommateurs
relatif aux éthers de glycol
NOR : ECOC0100035V
La Commission de la sécurité des
consommateurs,
Vu le code de la consommation, notamment ses
articles L. 224-1, L. 224-4, R. 224-4 et R. 224-7
à R. 224-12 ;
Vu les requêtes nos 96-083, 00-005G
et 00-168,
Considérant que :
Les saisines
1. Le 6 juin 1996
(saisine no 96-083), la Commission a reçu un courrier de lUFC Que
Choisir de Fontenay-Nogent (94) transmettant une lettre dun consommateur
« suspectant la nocivité pour la santé des peintures AVI 3000 contenant des
éthers de glycol (Eg) » : M. E. avait utilisé un pot
dAVI 3000 Monocouche, trois ans auparavant, et sinquiétait
davoir « respiré ce produit toxique pendant tout ce temps ». Un article
paru dans Que Choisir no 321 de novembre 1995 indiquait que la
peinture AVI 3000 Monocouche contenait 0,9 % de méthylglycol sans
étiquetage particulier alors que la réglementation de lépoque (arrêté du
20 avril 1994) imposait, au-delà de 0,5 %, le pictogramme
« toxique » et les phrases de risques R 60 « peut altérer la
fertilité » et R 61 « risque pendant la grossesse deffets
néfastes pour lenfant ».
2. A la suite de cette requête, la CSC a demandé à
lINERIS (Institut national de lenvironnement industriel et des risques) une
étude pour évaluer les risques présentés par les éthers de glycol dans les produits
destinés aux consommateurs. M. Cicolella, ingénieur chimiste toxicologue, qui en a
été chargé, a fait parvenir à la commission les résultats de celle-ci le
5 décembre 1997. En attendant laboutissement détudes
complémentaires permettant de fonder des propositions sur des bases incontestables, la
CSC a autorisé lINERIS à utiliser le rapport de M. Cicolella dans le cadre de
la mise en place dune expertise collective réalisée par lINSERM (Institut
national de la santé et de la recherche médicale), dont le rapport final a été publié
en octobre 1999. Tous les travaux nécessaires étant désormais disponibles, la CSC
a inscrit à son plan de travail pour lannée 2000 (saisine no 00-005G)
lensemble des problèmes posés par les éthers de glycol utilisés par le grand
public (la saisine dorigine ne portant que sur une marque de peinture).
3. Le 19 octobre 2000, la CSC a reçu une
nouvelle requête (saisine no 00-168), émanant de Mme F., qui
rapportait des altérations de sa santé ayant fait suite à des travaux de rénovation
(remise en peinture) de son appartement/atelier sur deux niveaux ; la présence
de DEGBE (cf. note 1) et sa rémanence, parmi dautres substances ayant été
retrouvées chez elle, lont incitée à joindre sa requête aux deux précédentes,
bien que le lien de causalité entre cet éther de glycol et ses troubles de santé ne
puisse être établi.
Les usages des éthers de glycol
4. Le document « Ethers
de glycol : quels risques pour la santé ? Synthèse et recommandations »,
publié à la suite de lexpertise collective de lINSERM, présente les éthers
de glycol et leurs principales utilisations (pages 1 à 6).
5. Essentiellement, les éthers de glycol sont
utilisés comme solvants chaque fois que lon recherche un caractère à la fois
hydrophile (soluble dans leau) et lipophile (soluble dans les graisses) : on
parle de solvants amphiphiles. Ils sont utilisés depuis environ soixante-dix ans,
mais se sont surtout développés à partir des années soixante avec
lapparition des peintures polyuréthannes, époxydiques, vinyliques et acryliques.
Deux étaient très utilisés : le méthylglycol (MG) et léthylglycol (EG)
ainsi que leurs acétates : ce sont en effet les premiers termes de la série
des Eg, les plus facilement fabriqués et les moins onéreux.
6. Les principaux produits susceptibles den
contenir sont, à lheure actuelle :
- peintures, encres, vernis, peintures pour artistes, teintures, colles et
adhésifs ;
- produits dentretien (lave-vitre, décape-four, produits pour moquettes,
liquides vaisselle, décolleurs de papiers peints, décapants, détachants textiles,
etc.) ;
- produits cosmétiques (coloration doxydation, shampooings, laques,
crèmes défrisantes, produits pour le visage et le corps, parfums désodorisants) (usage
désormais interdit pour quatre éthers de glycol : MG, AMG, EG et AEG,
cf. infra considérant 35) ;
- fluides de coupe ;
- produits phytosanitaires (herbicides, etc.) ;
- carburants aéronautiques ;
- produits photographiques (révélateurs) ;
- médicaments (usage désormais interdit pour quatre éthers de
glycol : MG, AMG. EG et AEG, cf. infra considérant 36).
7. Un tableau par secteurs dactivités
concernées peut être établi :
- vernisage métallique, fabrication demballage métallique, peintures
sur matières plastiques ;
- industrie automobile : peintures de finition ;
- industrie aéronautique : peinture ;
- industrie navale ;
- industrie du bâtiment : peintures de charpentes, de bâtiments ;
- imprimerie : sérigraphie, offset, tampographie ;
- industrie du meuble ;
- fabrication de circuits imprimés ;
- industrie textile et teinturerie ;
- ponts et chaussées : produits bitumineux ;
- emballage/transformation ;
- maroquinerie/chaussures ;
- entretien lavage de voiture ;
- coiffure, parfumerie ;
- industries métallurgiques et métalliques (fraisage, tournage,
rabotage) ;
- agriculture ;
- aéronautique (jet fuel) ;
- photographie.
En 1997, le marché européen de lensemble des éthers
de glycol était de 350 000 tonnes.
La classification des éthers de glycol
8. La synthèse des éthers de
glycol seffectue principalement par laction chimique dun alcool sur
loxyde déthylène ou loxyde de propylène : on obtient un éther
monoalkylé (méthyl, éthyl, propyl, butyl, etc.) qui, par réaction avec un acide
organique, peut donner un éther-ester (par exemple, un acétate déther de glycol).
Deux séries déthers de glycol peuvent ainsi être différenciées : les
dérivés de léthylène glycol (R-O-CH2-CH2-OH) et les
dérivés du propylène glycol (R-O-CH2-CH(CH3)-OH),
R représentant un radical. Dans la suite, on parlera des éthers de glycol de la
série E ou de la série P suivant quil sagit de dérivés de
léthylène glycol ou du propylène glycol. Essentiellement sont utilisés de façon
usuelle une vingtaine déthers de glycol de la série E et une dizaine de la
série P.
9. Le tableau suivant présente les principaux éthers
de glycol utilisés classés par série et par groupe. Les trois
groupes (1, 2, 3) et les sous-groupes (a, b) correspondent à une
classification sur la base des effets toxiques subaigus et subchroniques
(cf. considérant 50 et rapport de M. Cicolella en annexe). La toxicité
diminue du groupe 1 a au groupe 3 b.
NOMENCLATURE ET CLASSIFICATION SELON LE TYPE DE TOXICITÉ DES
PRINCIPAUX ÉTHERS DE GLYCOL
| GROUPE | ABRÉVIATION usuelle |
ABRÉVIATION INSERM |
NOM USUEL | NOM OFFICIEL | NUMÉRO CAS (1) |
|
|---|---|---|---|---|---|---|
| Série E | 1 a | MG | EGME | Méthyl glycol. | 2-méthoxyéthanol. | 109-86-4 |
| AMG | EGMEA | Acétate de méthyl glycol. | Acétate de 2-méthoxyéthyle. | 110-49-6 | ||
| EG | EGEE | Ethyl glycol. | 2-éthoxyéthanol. | 110-80-5 | ||
| AEG | EGEEA | Acétate déthyl glycol. | Acétate de 2-éthoxyéthyle. | 111-15-9 | ||
| 1 b | diMG | EGDME | Diméthyl glycol | 1,2 diméthoxyéthane. | 110-71-4 | |
| diEG | EGDEE | Diéthyl glycol. | 1,2 diéthoxyéthane. | 629-14-1 | ||
| MdiG | DEGME | Méthyl diglycol. | 2-(2-méthoxyéthoxy) éthanol. | 111-77-3 | ||
| EdiG | DEGEE | Ethyl diglycol. | 2-(2-éthoxyéthoxy)éthanol. | 111-90-0 | ||
| diEdiG | DEGDEE | Diéthyl diglycol. | Oxyde de bis (2-éthoxyéthyle). | 112-36-7 | ||
| diMdiG | DEGDME | Diméthyl diglycol. | Oxyde de bis (2-méthoxyéthyle). | 111-96-6 | ||
| MtriG | TEGME | Méthyl triglycol. | 2-(2-[2-méthoxyéthoxy]éthoxy) éthanol. | 112-35-6 | ||
| diMtriG | TEGDME | Diméthyl triglycol. | 2,5,8,11-tétraoxadodécane. | 112-49-2 | ||
| 2 | nPG | EgnPE | N-propyl glycol. | 2-propoxyéthanol. | 2807-30-9 | |
| AnPG | EGnPEA | Acétate de n-propyl glycol. | Acétate de 2-propoxyéthyle. | 20706-25-6 | ||
| iPG | EgiPE | Isopropyl glycol. | Isopropoxyéthanol. | 109-59-1 | ||
| BG | EGBE | Butyl glycol. | 2-butoxyéthanol. | 111-76-2 | ||
| ABG | EGBEA | Acétate de butyl glycol. | Acétate de 2-butoxyéthyle. | 112-07-2 | ||
| PhG | EGPhE | Phénylglycol. | 2-phénoxyéthanol. | 122-99-6 | ||
| 3 a | BdiG | DEGBE | Butyl diglycol. | 2-(2-butoxyéthoxy)éthanol. | 112-34-5 | |
| ABdiG | DEGBEA | Acétate de butyl diglycol. | Acétate de 2-(2-butoxyéthoxy)éthyle. | 124-17-4 | ||
| EtriG | TEGEE | Ethyl triglycol. | 2-(2-[2-éthoxyéthoxy]éthoxyéthanol). | 112-50-5 | ||
| BtriG | TEGBE | Butyl triglycol. | 2-(2-[2-butoxyéthoxy]éthoxyéthanol). | 143-22-6 | ||
| Série P | 3 b | MPG | 2PG1ME | |||
| Méthyl propylène glycol. | 1-méthoxy-2-propanol (isomère ). | 107-98-2 | ||||
| AMPG | 2PG1MEA | Acétate de méthyl propylène glycol. | Acétate de 1-méthoxy-2-propanol (isomère ). | 108-65-6 | ||
| EPG | 2PG1EE | Ethyl propylène glycol. | 1-éthoxy-2-propanol (isomère ). | 1569-02-4 | ||
| AEPG | 2PG1EEA | Acétate déthyl propylène glycol. | Acétate de 1-éthoxy-2-propanol (isomère ). | 54839-24-6 | ||
| BPG | 2PG1BE | Butyl propylène glycol. | 1-butoxy-2-propanol (isomère ). | 5131-66-8 | ||
| PhPG | 2PG1PhE | Phényl propylène glycol. | 1-phénoxy-2-propanol (isomère ). | 770-35-4 | ||
| MdiPG | DPGME | Méthyl dipropylène glycol. | Mélange disomères. | 34590-94-8 | ||
| EdiPG | DPGEE | Ethyl dipropylène glycol. | Mélange disomères. | 300025-38-8 | ||
| MtriPG | TPGME | Méthyl tripropylène glycol. | Mélange disomères. | 25498-49-1 | ||
| (1) CAS : Chemical Abstract Services. | ||||||
Les auditions
Fédération des industries des peintures, encres,
couleurs, colles et adhésifs (FIPEC)
10. Le président et le directeur
des affaires techniques et réglementaires de la FIPEC ont été entendus le
13 septembre 2000. Ils ont notamment déclaré :
11. La FIPEC regroupe dix syndicats et environ
200 entreprises. Elle est adhérente à lUnion des industries chimiques (UIC).
Elle est organisée en trois départements : lun pour les affaires
économiques, un autre pour les affaires sociales et juridiques et le dernier pour les
affaires techniques et réglementaires.
12. La FIPEC joue un rôle très important
dinformation auprès de ses adhérents. Par ailleurs, dans le cadre du programme
Coatings Care, la FIPEC prend en compte lhygiène, la sécurité et
lenvironnement (HSE).
13. En ce qui concerne les éthers de glycol, il a
expliqué que, dès 1990, pour les peintures (un peu plus tard pour les colles),
certains dangers concernant en particulier la fertilité masculine et le développement
ftal durant la grossesse ont été soupçonnés et il y a eu une incitation à la
substitution pour léthylglycol (Eg), le méthylglycol (MG) et leurs
acétates (les quatre éthers de glycol du groupe 1 a ; cest
surtout Eg et son acétate qui étaient visés.
14. Dans laffaire AVI 3000, peinture dans
laquelle lUFC Que Choisir avait relevé 0,9 % de MG,
lexplication est la suivante : le MG nétait quun véhicule
destiné à apporter un additif. Cet additif navait pas été étiqueté
correctement et la société AVI ne sen est pas aperçu (il faut savoir quil
existe environ 3 000 matières premières dans une entreprise de ce type). En
fait, il sagissait dune mauvaise information : le fournisseur dAVI
aurait dû étiqueter correctement le produit livré.
15. Il y a eu à partir de cette affaire une
information renforcée de la part de la FIPEC. Parallèlement, en 1998, une nouvelle
affaire a conduit à la mise en place dune expertise collective de lINSERM.
Une enquête générale sur tous les éthers de glycol utilisés pendant
lannée 1997 a été réalisée en 1998. Les résultats ont montré que
huit éthers de glycol ne sont plus utilisés ; une vingtaine le sont encore.
Dans le domaine des peintures et vernis, on les trouve notamment pour les produits grand
public (mais aucun des quatre du groupe 1 a cité précédemment), pour le
bâtiment, les produits anticorrosion, la carrosserie, les couleurs pour artistes, les
colles, les encres, etc.
16. Uniquement à destination de lindustrie, on a
utilisé, en 1997, 527 tonnes des quatre Eg du groupe 1 a,
représentant plus de 80 % des usages. Ces 527 tonnes sont à rapporter aux
15 000 tonnes totales déthers de glycol. Aujourdhui,
vingt-six entreprises utilisent encore les quatre éthers de glycol du
groupe 1 a.
17. Le directeur des affaires techniques et
réglementaires de la FIPEC a interrogé téléphoniquement peu de temps avant
laudition huit entreprises : cinq nutilisent plus les
quatre éthers de glycol précités ; les trois autres totalisent
75 tonnes, alors quen 1997 ces mêmes entreprises totalisaient
431 tonnes : la tendance est donc à la disparition complète. Si on les utilise
encore cest soit parce quon ne peut les remplacer immédiatement pour certains
usages, soit pour un problème dassurance qualité demandant un certain délai pour
une substitution. On peut dire toutefois que, dici trois à quatre ans, la
profession dans son ensemble devrait les avoir totalement supprimés.
18. Dans les années quatre-vingt, un tiers des
éthers de glycol utilisés étaient les quatre du groupe 1 a. Actuellement, il
y a passage du groupe 1 vers les groupes 2 ou 3 et de la série E vers
la série P.
19. A une question des rapporteurs sur le transfert
dinformation entre les toxicologues et les professionnels, il a été répondu
quil existe à Bruxelles le CPAG (Coastings and Paints Advisory Group) qui suit
lévolution des connaissances sur les substances susceptibles dêtre
dangereuses : tous les six mois le point est fait sur les connaissances
toxicologiques et les informations sont répercutées à lensemble des associations
nationales des fabricants de peinture, etc. Quant aux fabricants déthers de glycol
eux-mêmes (Union Carbide, Dow Chemical, Arco), ils sont très informés des derniers
développements scientifiques.
20. Le directeur des affaires techniques et
réglementaires de la FIPEC fait remarquer pour finir que dans la mesure où on a exclu
les peintures à solvants et que lon sest tourné vers les peintures à
émulsion à base deau, il y a lieu dutiliser les éthers de glycol, mais
quil faut aller vers une utilisation des produits de la série P en
remplacement de la série E.
La société SIGMAKALON (peintures AVI)
21. Le président-directeur
général et le directeur technique de SIGMAKALON (et AVI) ont été entendus le
20 septembre 2000. Après que les rapporteurs eurent expliqué que le point de
départ de ce dossier était une saisine mettant en cause la peinture AVI 3000, qui
contenait à lépoque 0,9 % de méthylglycol (MG), alors que le
maximum autorisé par larrêté du 20 avril 1994 était alors
de 0,5 %, ils ont notamment déclaré :
22. Le méthylglycol présent dans AVI 3000 était
employé pendant les mois dhiver pour permettre des cycles gel/dégel (dix ou plus)
sans altération des qualités de la peinture. Ce produit provenait de la société
Bourrigeot. LUFC avait trouvé des concentrations de méthylglycol allant
de 0,7 à 1,2 %. Immédiatement, la société AVI a retiré 350 tonnes
de peinture présentes dans la distribution. Il restait également 500 tonnes dans
les entrepôts de la société et 95 tonnes non conditionnées. Des contacts ont
alors été pris avec la DGCCRF pour savoir ce quil pouvait advenir de ces
945 tonnes de peinture : la DGCCRF a autorisé une utilisation à condition de
faire une dilution permettant daboutir à un maximum de 0,2 % de MG.
23. Le directeur technique a signalé que la société
AVI était toujours en procès avec la société Bourrigeot, laquelle sest
elle-même retournée contre son fournisseur.
24. A lheure actuelle, dans les peintures AVI
grand public, il ny a plus déthers de glycol (Eg) (à lexception
de quelques-uns non dangereux de la gamme Dowanol). La tendance est dailleurs à la
suppression de tous les solvants, dici deux à trois ans, en agissant sur la
composition des résines elles-mêmes (résines amphiphiles dont le défaut est encore
dêtre un peu sensibles à leau).
25. Dans les peintures pour le bâtiment, il faut
distinguer les peintures traditionnelles, laques, etc., pour lesquelles
lélimination des Eg est en cours et dautres, plus spécifiques,
contenant des solvants plus agressifs : lacétate déthylglycol sera
totalement supprimé en fin dannée, léthylglycol (Eg) sera supprimé en
fin 2001, le butylglycol (BG) et le buthyldiglycol (BdiG) sont en cours
détude.
26. Le directeur technique a insisté sur la
nécessité dune information du public au sujet des éthers de glycol, car, à
lheure actuelle, il y a un amalgame fait par la presse et le grand public de tous
les éthers de glycol sans distinction : il y aurait lieu de faire des campagnes
dinformation.
27. A une question des rapporteurs demandant si la
substitution des éthers de glycol les plus dangereux par dautres ne présentant pas
de risque est rapide, le directeur technique a expliqué quil fallait modifier les
résines pour les adapter aux solvants et que pour cela il fallait travailler avec les
fournisseurs de résine. Dans le cas dAVI 3000, la substitution a été rapide
car le MG nétait utile que comme antigel : pendant plusieurs hivers la
formulation a été sans antigel, actuellement cest un éther de glycol de la
série P qui est utilisé. De façon générale pour des produits simples, la
solution pour la substitution est trouvée en trois mois. Pour des produits de type
peinture de façade, la difficulté est plus grande car la qualité du produit final peut
être dégradée ; il faut alors compter entre un et deux ans.
28. Le directeur technique estime que la
réglementation devrait interdire les Eg les plus dangereux, car la limite actuelle de
0,5 % est arbitraire. En ce qui concerne les encres, il pense que le problème est à
peu près le même que pour les peintures. Quant aux colles, lutilisation des Eg
intervient dans les colles acryliques.
29. Sur un plan économique, la part de marché des
peintures grand public de la société AVI représente 40 % en volume. Les autres
entreprises sont ICI Paints France (marques Valentine, Dulux, etc.), AXO (marque Astral)
et de nombreux petits fabricants.
30. Le directeur technique précise enfin quil
existe chez les fabricants de peinture une veille scientifique, y compris sanitaire, pour
ces produits, et de même chez les fabricants de résines.
Les expertises et rapports déjà existants
sur les risques présentés par les éthers de glycol
31. Les risques présentés
par les éthers de glycol ont fait lobjet dun grand nombre de publications
scientifiques depuis plusieurs années. On retiendra ici essentiellement :
- « Evaluation des risques pour les consommateurs liés aux éthers de
glycol », rapport final de M. Cicolella établi à la demande de la Commission
de la sécurité des consommateurs (CSC) (1997) ;
- « Ethers de glycol », article de M. Cicolella paru dans
lEncyclopédie médicale et chirurgicale (toxicologie, pathologie
professionnelle) (2000) ;
- « Ethers de glycol : quels risques pour la santé ? Synthèse
et recommandations », expertise collective de lINSERM (1999).
32. Le premier de ces documents est joint en annexe au
présent avis, car il en constitue une partie essentielle. La conclusion de larticle
de M. Cicolella paru dans lEncyclopédie médicale et chirurgicale est
la suivante :
« Les Eg forment une catégorie de solvants de très
large emploi industriel et domestique dont la toxicité commence à être bien cernée, ce
qui permet de les classer en trois groupes. Les données expérimentales sont suffisamment
cohérentes avec les données humaines pour considérer quune exposition maternelle
de courte durée aux Eg du groupe 1 a peut induire un risque sur le
développement embryoftal. Pour des expositions de plusieurs semaines, une atteinte
de la fertilité et du sang, de type hypoplasiant médullaire, est susceptible de se
produire dans les deux sexes et dêtre réversible sil y a retrait de
lexposition. Certaines catégories de travailleurs, celles utilisant principalement
des encres, des vernis, des peintures et des produits de nettoyage contenant des Eg du
groupe 1 a, sont plus particulièrement exposées à ces risques en raison des
niveaux et de la durée de leur exposition. Les seuils deffet chez lhomme sont
vraisemblablement plus bas que chez lanimal, en raison dune élimination plus
lente des métabolites toxiques.
Les risques liés aux Eg des groupes 1 b et 2
portent sur le développement embryoftal. Une atteinte de lappareil
reproducteur masculin et du sang nest pas à exclure avec les composés les plus
toxiques du groupe 1 b, même si actuellement aucune observation humaine
nexiste en ce sens. Le risque concerne les travailleurs mais aussi les
consommateurs, dans la mesure où il nexiste aucune limitation demploi
concernant ces substances.
Il existe des indications dautres effets possibles
correspondant à des expositions faibles aux Eg du groupe 1 a (atteinte rénale,
atteinte du développement embryoftal après exposition paternelle), du
groupe 2 (fragilité érythrocytaire), du groupe 3 (hypersensibilité), mais des
données complémentaires sont nécessaires pour évaluer ces risques pour lhomme.
La question dun effet cancérogène de type non génotoxique
est soulevée par les résultats chez la souris de la première étude de toxicité
chronique menée avec BG. Ces résultats sont confortés par quelques données
expérimentales in vitro et in vivo. Des données de toxicité
chronique pour les Eg les plus utilisés et des études épidémiologiques portant en
priorité sur les organes cibles des Eg, tout comme ceux mis en évidence dans
létude animale, apparaissent nécessaires.
Une connaissance plus systématique de la pollution de leau
apparaît également souhaitable en raison des niveaux de pollution qui ont pu être
déjà mesurés.
En raison de leur toxicité, de limportance des populations
exposées et du niveau dexposition de celles-ci, on peut sinterroger sur le
rôle de certains Eg, à côté dautres catégories de substances comme les
perturbateurs endocriniens, dans les diverses atteintes de la reproduction, qui font
lobjet dune préoccupation croissante dans le monde entier depuis le début
des années 1990. Le nombre limité des observations chez lhomme peut avoir
différentes raisons : difficulté pour les personnes exposées à faire la relation
entre les atteintes de la santé et lexposition aux Eg toxiques, en raison de la
nature aspécifique des effets (avortements spontanés ou malformation par exemple), du
caractère peu visible de ceux-ci (atteinte de la spermatogenèse par exemple), faible
visibilité des Eg toxiques dans létiquetage des produits industriels ou
domestiques, et enfin connaissance limitée parmi le corps médical, y compris chez les
médecins du travail ou les andrologues, de la toxicité et du large usage de ces
molécules.
Dune façon générale, la meilleure prévention passe par
une politique de substitution des Eg les plus toxiques par les Eg les moins toxiques. Les
mesures de prévention, individuelles et collectives, sur les lieux de travail ou dans
lenvironnement domestique, devraient dans limmédiat être mises en uvre
de façon plus systématique, afin de réduire lexposition tant pulmonaire que
cutanée aux Eg les plus toxiques. »
Les réglementations
Dans lUnion européenne
33. Les éthers de glycol se
trouvent concernés par plusieurs directives :
- la directive 67/548/CEE du 27 juin 1967 modifiée relative à la
classification, lemballage et létiquetage des substances dangereuses ;
- la directive 88/379/CEE du 7 juin 1988 modifiée relative à la
classification, lemballage et létiquetage des préparations
dangereuses ;
- la directive 94/60/CE du 20 décembre 1994 modifiant la
directive 76/769/CE du 27 juillet 1976 relative à la limitation de la mise sur
le marché et de lemploi de certaines substances et préparations dangereuses. Elle
interdit dans les préparations destinées au public notamment lusage des éthers de
glycol « devant être assimilés à des substances altérant la fertilité dans
lespèce humaine » ou « à des substances causant des effets toxiques
sur le développement de lespèce humaine », ce qui revient à limiter la
concentration des éthers de glycol classés toxiques pour la reproduction de
catégorie 2 par la directive 67/548/CEE (éthers de glycol du groupe 1 a)
dans les préparations destinées au public à 0,5 %.
En France
34. Les directives précédentes
ont été transcrites en droit français par différents textes :
- larrêté du 20 avril 1994 modifié, en ce qui concerne la première
directive précitée ;
- larrêté du 21 février 1990 modifié, pour la seconde ;
cest ce texte qui prévoit que, au-delà de 0,5 % des quatre EG du
groupe 1 a (qui sont classés toxiques pour la reproduction de catégorie 2) par
la directive 67/548/CEE dans les préparations destinées au public ou aux
professionnels, doivent figurer sur lemballage lindication de danger
« toxique », le symbole de danger « tête de mort » et les phrases
de risque R 60 « peut altérer la fertilité » et R 61
« risques pendant la grossesse deffets néfastes pour lenfant ».
Cette valeur de 0,5 % a été retenue par les experts de lépoque dans la
mesure où il sagit là dune règle générale pour les préparations toxiques
pour la reproduction de catégorie 1 ou 2, de même que la valeur
de 0,1 % a été retenue pour les produits cancérogènes de catégorie 1
ou 2. Il sagit donc dune limite qui ne repose pas, au cas particulier,
sur une évalutation précise du risque ;
- larrêté du 7 août 1997 modifié pour la troisième ; cet
arrêté prévoit que les quatre EG du groupe 1 a dans les produits destinés au
public, sauf dans les médicaments, les produits cosmétiques, les combustibles et
carburants, et les couleurs pour artistes, sont interdits au-delà de la concentration
de 0,5 % et ont été classés toxiques pour la reproduction de
catégorie 2 pour la directive 67/548/CEE.
35. Par arrêté du 22 janvier 1998, ont été
suspendus pour un an les Eg du groupe 1 a (à savoir le méthylglycol et
léthylglycol ainsi que leurs acétates) dans les produits cosmétiques.
36. Par arrêté du 27 janvier 1998, ont été
suspendus pour un an les Eg du groupe 1 a (à savoir le méthylglycol
et léthylglycol ainsi que leurs acétates) dans les médicaments et vaccins à
usages humain et vétérinaire.
37. Par décision du 24 août 1999 (de
lAgence française de sécurité sanitaire des produits de santé [AFSSAPS]), ces
mêmes Eg sont interdits dans les médicaments à usage humain.
38. Par décision du 24 août 1999 (de lAFSSAPS),
ces mêmes Eg sont interdits dans les produits cosmétiques.
39. Pour les autres Eg, à lexception du
phénylglycol et du phénylpropylèneglycol (limités à 1 % dans les produits
cosmétiques), il ny a pas de réglementation.
40. - Des projets de réglementation sont en
cours au ministère du travail pour limiter lusage des éthers de glycol les plus
dangereux pour les travailleurs, mais cette réglementation nest pas de la
compétence de la CSC.
Considérations générales
41. Si la CSC se doit de se
référer à des données scientifiques incontestées, elle a également le devoir
dagir en permanence pour la protection des consommateurs et, en absence de preuve
dinnocuité, il convient quen cas de besoin elle fasse appel sans réserve au
principe de précaution, quitte à réviser ultérieurement sa position.
42. Sil est vrai que les données expérimentales
animales ne sont pas toujours extrapolables à lhomme, ainsi que le fait remarquer
lInstitut national de recherche scientifique (INRS), il paraît néanmoins
prudent de les prendre en considération sans attendre des résultats denquêtes
épidémiologiques pour le moment inexistantes qui ne peuvent pas toujours répondre aux
questions posées du fait de la complexité de notre environnement. Le cas de
lamiante devrait être exemplaire en santé publique pour agir.
43. Les propositions de classement des éthers de
glycol qui sont faites visent essentiellement à éviter une substitution des produits
avérés toxiques par dautres potentiellement aussi dangereux. Certes, la
proposition de remplacer les dérivés de la série E par les analogues de la
série P nest pas exempte de risques ; néanmoins, la différence
fondamentale de métabolisme entre les deux séries et linnocuité des
dérivés du propylène glycol déjà étudiés (à lexception des isomères du
type , présents à titre dimpuretés dans les produits techniques et dont la
toxité est de même nature que celle des éthers de la série E) permettent de faire
une proposition réaliste (qui pourra bien évidemment être revue à la lumière
dautres résultats toxicologiques) et raisonnable, les industriels nétant pas
en mesure du jour au lendemain de supprimer la totalité des éthers de glycol ;
cest en tout cas une moins mauvaise solution que le remplacement du
groupe 1 a par les groupes 1 b ou 2 vers lesquels certains se
sont tournés.
Résumé des connaissances sur les éthers de glycol
44. Les éthers de glycol se
divisent en deux principaux groupes : les dérivés de léthylène glycol
(série E) et les dérivés du propylène glycol (série P) ; chaque groupe
comprend deux sous-groupes : les éthers et les éthers-esters, ces derniers
étant le plus souvent des acétates. Dun point de vue toxicologique, cette
différence na pas de conséquence, car les éthers-esters sont transformés très
rapidement en éthers dès quils pénètrent dans lorganisme.
45. Les produits de consommation contenant des éthers
de glycol sont principalement les peintures, les vernis, les encres et les produits de
nettoyage.
46. Il existe un risque aigu, démontré chez
lhomme, en cas dabsorption, par voie orale, pour MG et BG.
47. Il existe un risque subaigu et chronique en cas
dexposition par inhalation et par la peau, après contact avec le produit liquide,
mais aussi avec la vapeur, surtout pour les éthers de glycol les plus volatils.
48. Il est possible de classer les éthers de glycol en
trois groupes sur la base de leurs effets toxiques subaigus et subchroniques chez
lanimal : effet sur le développement embryo-ftal, effet sur
lappareil génital mâle et femelle, effet sur le sang (soit de type hypoplasiant
médullaire, soit de type hémolytique) (cf. tableau III de larticle de
A. Cicolella dans lEncyclopédie médico-chirurgicale, cité ci-dessus).
49. Leffet critique, cest-à-dire
leffet survenant aux doses dexpositions les plus basses, est leffet sur
le développement de lembryon et du ftus (malformation, retard de
développement, déficit fonctionnel) et cet effet est observé à des degrés divers chez
lanimal pour les éthers de glycol des groupes 1 et 2.
50. Cet effet sur le développement de lembryon
et du ftus est très vraisemblablement susceptible de se produire chez lhomme,
et ce à des niveaux dexposition plus faibles en raison de la plus grande
sensibilité aux toxiques de la reproduction, en général, de lhomme par rapport à
lanimal et en raison, dans le cas des éthers de glycol des groupes 1 et 2, de
la vitesse délimination plus lente chez lhomme que chez lanimal des
métabolites responsables de leffet toxique des éthers de glycol. Il en est de
même pour les effets sur lappareil génital et sur le sang de type hypoplasiant
médullaire. Les études réalisées en milieu professionnel montrent des effets du type
atteinte de la spermatogenèse, baisse des globules blancs et rouges, avortement,
hypofertilité. Ces effets sont survenus après exposition aux éthers de glycol du groupe
1 a à des niveaux beaucoup plus faibles que ceux induisant ce type deffets
chez lanimal. Pour les effets hémolytiques liés aux éthers de glycol du
groupe 2, lhomme apparaît, par contre, moins sensible que lanimal.
51. La période critique, cest-à-dire la
période minimale susceptible dinduire un effet toxique sur le développement
embryo-ftal, est la journée, selon les lignes directrices de lUS EPA (Agence
de protection de lenvironnement des Etats-Unis) (réf. : Guidelines for
Development Toxicity Risk Assessment, 5/12/91 Fed Reg, vol 56 no 234,
63801-63821). Les données animales montrent aussi des effets sur lappareil génital
mâle après une exposition unique, mais à des doses très élevées, éloignées de
celles susceptibles dêtre recontrées par des consommateurs, même après
application de facteurs de sécurité à la dose induisant ce type deffet chez
lanimal. Les données en milieu professionnel montrent quune exposition de
plusieurs mois est nécessaire pour induire les effets hématologiques chez lhomme.
On peut retenir que ces effets, sur lappareil génital et sur le sang, peuvent
survenir chez les consommateurs, mais vraisemblablement après des expositions plus
longues (de plusieurs semaines à plusieurs mois).
52. Les scénarios dexposition permettent de
calculer la dose à laquelle un consommateur est susceptible dêtre exposé lors
dune utilisation habituelle et lévaluation des risques conduite selon les
lignes directrices de lUS EPA et le Guide technique pour lévaluation des
risques des substances chimiques de lUnion européenne montre que lindice
de risque pour ce type deffet est généralement supérieur à 1 dans les usages de
consommation courants des éthers de glycol des groupes 1 et 2.
Un seul éther de glycol toxique pour le développement a fait
lobjet dune évaluation des risques, telle quelle est prévue pour les
substances existantes par le règlement 793/93/CEE du Conseil de lUnion
européenne, pour les travailleurs, les consommateurs et lhomme dans
lenvironnement. Il sagit du méthyldiglycol (classé en groupe 1 b
au tableau § 9) (Journal officiel des Communautés européennes, 13 novembre 1999,
p. L 292/46-48).
La conclusion en est la suivante :
« Des mesures spécifiques doivent être prises pour limiter
les risques. Cette conclusion est justifiée par des préoccupations relatives à
lensemble des effets systémiques et aux effets sur le développement provoqués par
une exposition lors de lutilisation de peintures ou de décapants contenant la
substance par les consommateurs. » ;
« Il est recommandé de prévenir lexposition dermique
des consommateurs aux peintures et décapants contenant la substance. Il est recommandé
dindiquer clairement dans le mode demploi de ces produits (sur
lemballage et le récipient) que les femmes en âge de procréer constituent une
population vulnérable. En outre, lindustrie devrait sengager à remplacer la
substance dans les peintures et décapants par les substances présentant moins de
risques, sans pour autant déplacer les risques vers dautres populations humaines ou
dautres composants de lenvironnement. »
53. Les éthers de glycol des groupes 3 ne
présentent pas, chez lanimal, de toxicité sur le développement embryo-ftal
tout en ayant les mêmes propriétés technologiques que ceux des groupes 1 et 2.
54. Il existe une suspicion dune réaction
dhypersensibilité pour les éthers du groupe 3 a, en raison dobervations
humaines liées au butyldiglycol et à son acétate (cf. page 28 du rapport de
M. Cicolella : cas de dermatose érythémateuse diffuse chez un homme,
hypersensibilité au niveau de la peau et des muqueuses chez une femme). Des effets
respiratoires ont, par ailleurs, été mis en évidence chez lanimal qui fondent la
conclusion de lévaluation des risques pour la santé conduite, pour cette
substance, dans le cadre du processus dévaluation des risques pour les substances
existantes mentionnée au paragraphe 56 (Journal officiel des Communautés
européennes, 13 novembre 1999, p. L 292/45-46).
Cette conclusion est la suivante :
« Des mesures spécifiques doivent être prises pour limiter
les risques. Cette conclusion est justifiée par des préoccupations relatives aux effets
locaux provoqués par une exposition respiratoire due à lapplication par
pulvérisation de produits contenant la substance. » Il est recommandé « de
ne pas mettre à la disposition des consommateurs des peintures contenant la substance et
spécifiquement élaborées en vue dune application par pulvérisation. En outre,
les peintures contenant la substance et susceptibles dêtre mises à la disposition
des consommateurs devraient inclure un mode demploi du produit qui indique
clairement quelles ne doivent pas être appliquées par pulvérisation ».
Il nexiste aucune donnée expérimentale équivalente
permettant dinfirmer une telle conclusion pour les autres éthers du
groupe 3 a (éthyl triglycol et butyl triglycol). Il nexiste aucune
donnée de toxicité chronique pour ces trois substances (butyl diglycol, éthyl
triglycol, butyl triglycol) permettant décarter un éventuel risque cancérogène,
qui peut être suspecté en raison de leur métabolisme.
55. Les données de toxicité chronique nexistent
que pour un seul éther de glycol (butyl glycol) ; les résultats conduisent le
Programme national de toxicologie des Etats-Unis à le classer en cancérogène de
niveau 2 sur une échelle décroissante de 1 à 4. Des résultats positifs
sont obtenus sur un certain nombre de tests de génotoxicité in vitro et in vivo,
surtout avec les métabolites aldéhydes des éthers de la série E.
56. Les éthers de la série P sont formés
dun mélange disomères (de type ou ). Les données concernant le
premier éther de la série P, le MPG, montre que lisomère est
métabolisé comme un éther de la série E et présente le même type de toxicité
pour le développement que ceux du groupe 1. Il nexiste pas de données
spécifiques sur la toxicité des différents isomères des éthers du di- ou du
tri-propylène glycol, et leur proportion dans les produits techniques. Il nexiste
que des données limitées sur un produit global de composition en isomères
indéterminée.
57. En résumé, les dangers de lutilisation des
éthers de glycol dans les produits de consommation concernent essentiellement les
groupes 1, 2 et 3 a (tels que définis dans le présent avis et
représentant la série E). Ceux-ci sont, dores et déjà, en cours de
substitution dans lindustrie en vue dun remplacement par le
groupe 3 b (représentants de la série P).
58. Cette substitution ne semble pas devoir poser de
problème majeur à lensemble des professionnels concernés, dans la mesure où les
produits de remplacement existent déjà. A titre dexemple, la société Dow
Chemical propose sur lInternet un ensemble déthers de glycol de la
série P destinés à remplacer ceux de la série E, en fonction des usages
souhaités. Dautres fabricants déthers de glycol se sont engagés dans cette
voie.
Après avoir entendu en séance, à leur demande, Mme F.,
M. S. de lUFC Que Choisir et M. H. de lINRS,
Emet
lavis suivant :
La CSC demande :
1. Que soit réalisée, à très brève échéance, la
substitution complète des éthers de glycol des groupes 1, 2 et 3 a
(série E) tels que définis dans le présent avis :
- soit par ceux du groupe 3 b figurant dans le tableau du
considérant 9, en prenant soin déliminer les isomères indésirables ou en
limitant leur concentration en fonction de lindice de risque sur le développement
embryo-ftal ;
- soit par toute substance, autre que des éthers de glycol, ne présentant pas
de risque grave pour les consommateurs.
2. Que des études complémentaires menées par le
monde scientifique, en liaison avec lInstitut de la veille sanitaire (déjà chargé
dune veille sur ce sujet dans le monde du travail) et les agences sanitaires
compétentes (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé et
lAgence française de sécurité sanitaire de lenvironnement en devenir)
soient entreprises ou poursuivies pour répondre plus précisément à la question des
risques susceptibles dêtre liés aux éthers de glycol, notamment ceux, encore mal
connus pour certains dentre eux, dhypersensibilité ou de cancérogénicité.
Ces risques devront être évalués pour lensemble de la population, que les
personnes en contact avec ces substances soient des utilisateurs directs des produits ou
passifs (par exemple à la suite de la réalisation dune prestation de service par
un professionnel).
3. Que, dans lattente, soit imposé dans les
meilleurs délais par les pouvoirs publics, en liaison avec les agences compétentes, un
étiquetage informatif (soit sur lemballage lui-même, soit sur les lieux de vente)
des préparations destinées au grand public comportant, à quelque concentration que se
soit, des éthers de glycol des groupes 1 a (sil en reste), 1 b
et 2, mettant en garde les hommes en âge de procréer contre déventuelles
atteintes de la fertilité et les femmes enceintes ou susceptibles de lêtre contre
le risque datteintes de lembryon dès sa conception.
Adopté au cours de la séance du 8 novembre 2000 sur le
rapport de M. Alain Croisy et de M. André Cicolella, ce dernier agissant en
qualité dagent de la Commission conformément à larticle R. 224-7
du code de la consommation, assistés de M. Jacques Bedouin, conseiller technique de
la Commission, conformément à larticle R. 224-4 du code de la
consommation.
A N N E X E (*)
ÉVALUATION DES RISQUES POUR LES CONSOMMATEURS
LIÉS AUX ÉTHERS DE GLYCOL
(Rapport final réalisé pour la commission de la sécurité
des consommateurs par André Cicolella, INERIS)
(*) Annexe disponible au centre de
documentation de la CSC.
NOTE (S) :
(1) DGEBE : diéthylène glycol butyl éther ; il sagit dune autre appellation du butyl diglycol (BdiG) ; lINSERM utilise une nomenclature chimique différente de celle retenue dans le présent avis. Le tableau de la page 4 donne les deux nomenclatures : la correspondance entre les deux se fait via le numéro CAS des substances.
© Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie- 20 février 2001