BOCCRF
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| N° 01 du 23 janvier 2001 | |
Avis no 10 du Conseil national de la consommation relatif à certaines actions promotionnelles destinées à favoriser les paiements scripturaux en euros
NOR : ECOC0100034V
Rapporteurs : Annick Gaime (collège professionnel)
Pierre Marleix (collège consommateur)
La Commission européenne a encouragé les Etats
membres à prendre des initiatives pour favoriser les paiements scripturaux en euro. Elle
a été jusquà préconiser la mise en pratique dincitations significatives et
innovantes susceptibles dêtre proposées aux consommateurs au moment des
encaissements. La question a été transmise au CNC par Mme Lebranchu.
Le principe européen de parfaite fongibilité soppose à ce
que lon favorise une unité monétaire par rapport à lautre dans les Etats
membres adhérents à lUnion monétaire. Ceci exclut toute possibilité de
différenciation entre prix facturés en euros et en francs. Par contre, il devrait être
possible de recourir à des incitations non monétaires du type « points de
fidélité » ou tous autres moyens équivalents comme la suggéré la
Commission, sous réserve des adaptations réglementaires qui savéreraient
nécessaires.
La préoccupation qui inspire la Commission est largement
partagée par tous les acteurs : la réussite de leuro. Aussi, cette
proposition mérite-t-elle un examen attentif quant à son principe et ses modalités
dapplication ; le groupe Euro du CNC a donc procédé à un échange de vues
approfondi sur cette suggestion dès sa réunion du 8 novembre 2000.
1o Une première crainte a été exprimée
sur linterprétation qui pourrait prévaloir sur lavantage ainsi conféré à
leuro ; il pourrait être en fait à lorigine dun doute sur sa
valeur et sa périnnité, autrement dit tout le contraire de ce qui est attendu. Le terme
« deuro bradé » a même été utilisé pour qualifier loffre
ainsi faite, ce qui constitue sans doute un excès de langage mais traduit bien le risque
encouru par la nouvelle monnaie du fait de comparatifs dactualité peu favorables,
présents dans tous les esprits.
Par ailleurs, une telle initiative, nécessairement très
médiatisée, ne manquerait pas de susciter selon toute vraisemblance des réactions en
sens contraire en faveur du franc ; elles prendraient une tout autre dimension que
celle favorable à leuro en cristallisant et en exploitant toutes les réticences
existant à légard de la nouvelle monnaie. On ne peut ignorer un tel risque.
2o Cela risque aussi dintroduire des
distorsions de concurrence et des différences de traitement entre consommateurs et aurait
le désavantage de rompre léquilibre difficilement acquis en matière de
promotions.
3o Les modalités dapplication de
linitiative préconisée posent également problème dès lors que les pouvoirs
publics sinterdisent toute participation à sa mise en uvre, pour des raisons
non explicitées mais compréhensibles ; pourrait-il en être de même pour les
entreprises publiques ? Il semble bien quil devrait en être ainsi mais une
telle situation nest pas davantage acceptable au plan des principes, et de plus elle
apparaît difficilement praticable dans les faits (facturation EDF, de téléphone, des
transports ou de La Poste, prestations des collectivités locales...).
Autrement dit les seuls acteurs appelés à sengager dans
lopération préconisée relèvent de la sphère des activités privées et à
partir dinitiatives individuelles volontaires donc limitées. Aucune catégorie
sociale ou professionnelle ne peut supporter, même partiellement, la responsabilité
dune bonne mise en uvre de la nouvelle monnaie. Le succès de leuro
constitue un objectif collectif dintérêt général dont la réalisation ne saurait
être tributaire de conditions aussi aléatoires que celles qui apparaissent en dernière
analyse.
Le groupe de travail du CNC considère donc quen
létat des propositions de la Commission, il lui paraît difficile de leur apporter
son adhésion.
Conclusion : le groupe de travail continue à préconiser
toutes actions susceptibles de provoquer progressivement la généralisation des paiements
en euro par les particuliers.
Lavis a été adopté par les membres du CNC réunis en
séance plénière le 21 décembre 2000 à 12 voix « pour » et
2 « abstentions » pour le collège des consommateurs et usagers et à
lunanimité du collège des professionnels.
© Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie- 20 février 2001