| > Cour d'appel de Paris du 12
mars 2002 (BOCCRF du 26 avril
2002)
> Décision du Conseil de la concurrence n° 02-MC-01 du 24 janvier
2002 (BOCCRF du 29 mars 2002) MESURES
CONSERVATOIRES : atteinte grave et immédiate à l'économie
du secteur intéressé. NON. Démonstration de l'existence d'une
atteinte grave et immédiate aux intérêts de la société
résultant des pratiques dénoncées NON. La société
Canal Europe Audiovisuel (CEA) édite plusieurs chaînes francophones
en clair diffusées via le satellite ASTRA, réseau satellitaire dont
la société Canal Satellite assure la reprise sur le territoire français.
La société Canal Satellite a fourni un numéro fixe de canal
et diffusé les chaînes de CEA mais a refusé de les référencer
sur son bouquet en décembre 2000. La société CEA a interrompu
la diffusion de ses programmes entre mars et octobre 2001, puis a saisi le Conseil
de la concurrence le 25 octobre 2001, estimant le refus de Canal Satellite abusif.
Elle a en outre sollicité le prononcé de mesures conservatoires,
demande rejetée par le Conseil dans sa décision 02-MC -01 du 24
janvier 02. La cour rejette à son tour la demande de mesures conservatoires
de la société CEA. Elle relève que la société
CEA fait valoir pour la première fois, devant la cour, que le refus de
référencement de ses chaînes par Canal Satellite porte une
atteinte grave et immédiate à l'intérêt du téléspectateur
et au secteur intéressé, en empêchant la réception
de ses programmes et en ne respectant pas la réglementation communautaire.
Mais la cour observe que la directive 95/47 en cause n'impose pas aux distributeurs
de services tels que Canal Satellite d'attribuer un numéro fixe de canal
aux chaînes comme CEA sur leurs décodeurs, mais seulement de mettre
à la disposition du téléspectateur des équipements
permettant l'accès à ces programmes, qu'ils soient cryptés
ou non. De plus, les chaînes diffusées par CEA peuvent être
reçues, sans référencement, sur les décodeurs distribués
par Canal Satellite, qui de surcroît accepte de changer à la demande
des consommateurs les décodeurs d'un modèle ancien qui ne permettent
pas cette réception. Par ailleurs, la cour estime que CEA ne peut
reprocher à Canal Satellite de ne pas référencer dans son
bouquet, destiné à un public familial, des chaînes diffusées
en clair et qui comportent des programmes érotiques. Dès lors, l'atteinte
grave et immédiate au secteur n'est pas constituée. La cour
considère que l'atteinte aux intérêts de la société
CEA n'est pas non plus démontrée. Il n'apparaît pas que le
refus de référencement des chaînes en clair serait à
l'origine des difficultés de CEA, alors que celle-ci a suspendu de son
propre chef la diffusion de ses programmes pendant plusieurs mois en raison d'un
litige l'opposant au gestionnaire du satellite ASTRA. En outre, la société
CEA disposait de solutions alternatives pour pénétrer le marché
français, comme le relève le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel
dans ses observations. |