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HÔTEL D'UZÈS
176 rue Montmartre

Régie des domaines
Direction générale des douanes

 



Plan de situation
Echelle

HÔTEL d'UZÈS (détruit)
176 rue Montmartre
d’après le plan Bretez Turgot de 1739

Ouverture des rues de la Banque (1844), du Quatre Septembre (1868), d’Uzès (1870), du Louvre (1880) et Réaumur (1895)

En 1766, un concours d’architecture fut organisé pour la reconstruction d’un hôtel particulier près du « boulevard du Nord », sur une parcelle tout en longueur, d’environ deux cents mètres, « tout ce terrain entre la rue Montmartre et la rue Saint Fiacre » (Goncourt). L’hôtel de la rue Montmartre était destiné à François Emmanuel de Crussol, 9e duc d’Uzès et pair de France (1728-1802). L’emplacement portait déjà un « hôtel d’Usez », dénomination reprise par l’ensemble des relevés cartographiques de Paris au cours du siècle, que l’on se réfère au plan de Roussel réalisé vers 1730 ou au plan de B.A. Jaillot de 1762. La rénovation de l’hôtel, finalement confiée à l’architecte Claude-Nicolas Ledoux, fut réalisée entre 1767 et 1769.

Ledoux n’était pas encore « l’architecte des fermiers généraux » (hôtel Séguier) et de l’enceinte « fiscale » de Paris -dotée de pavillons d’octroi- qui devait entourer la ville à partir de 1785. Mais sa pratique de l’art monumental était déjà bien affirmée. Sur le chantier de la rue Montmartre, il conserva les structures de l’ancien bâtiment et habilla le corps de logis central d’une nouvelle façade à colonnades. Pour encadrer l’accès à la cour, « qui est précédée d’une avenue » (Hurtaut), il édifia un immense portail en forme d’arc de triomphe précédé par deux colonnes chargées de trophées militaires sculptés. L’ensemble apparut sensiblement ostentatoire : le théoricien de l’architecture Jacques François Blondel, dont Ledoux fut l’élève, jugea la réalisation de ce projet d’un « ordre ridiculement colossal » (Gallet).

Une vingtaine d’années plus tard, l’hôtel fit l’objet d’un séquestre révolutionnaire. Les services financiers étaient généralement installés dans des bâtiments datant du début du siècle précédent. Avec l’hôtel d’Uzès, l’administration des finances investit un immeuble de construction récente. A partir des années 1794-1795, cet ensemble immobilier a d’abord été cédé à l’administration des domaines (hôtel de Choiseul), qui l’a utilisé comme dépôt pour l’inventaire de manuscrits récupérés au nom de l’Etat par une « commission des arts » dans les bibliothèques privées du clergé et de la noblesse, dont celle du duc d’Uzès.

L’occupant le plus important de l’hôtel fut la direction générale des douanes à partir de 1801 (arrêté du 29 fructidor an IX). Les bureaux de cette administration, alors nommée « la douane » par les cartographes de Paris, étaient installés depuis près d’un siècle dans l’hôtel et les dépendances de la Ferme générale, autour de la rue du Bouloi (hôtel Séguier). Dans le somptueux hôtel d’Uzès, le comte Pierre de Saint-Cricq, directeur général entre 1815 et 1824, put offrir à ses bureaux une position de premier plan : l’installation durable du protectionnisme renforçait alors les attributions de l’administration des douanes. Après 1824, le comte, membre de la chambre des  députés depuis 1815, poursuivit son action en faveur de son ancienne administration. En 1828, il obtint le portefeuille du commerce et des manufactures et fut nommé président du conseil supérieur du commerce et des colonies. Le directeur général des douanes qui siégea au sein de cette institution et assura la vice-présidence du bureau d’information du conseil (ordonnance du 23 janvier 1824) fut son successeur, Barthélemy de Castelbajac.

En janvier 1825, ce dernier dut organiser le transfert des bureaux de la direction générale des douanes, à la suite de la décision du ministère de Villèle de regrouper une partie des services financiers centraux à l’hôtel des finances du Mont Thabor. L’administration des douanes demeura à cette nouvelle adresse (n° 15 « rue Monthabor ») jusqu’à la destruction de l’immeuble dans l’incendie de la Commune en 1871.

Après le départ des douanes, le n° 176 de la rue Montmartre fut occupé par la banque Delessert, et, à ce titre, l’activité de l’hôtel demeurait liée aux « matières de commerce ». François Delessert, - comme auparavant son frère le baron Benjamin Delessert (hôtel de Bullion), tous deux régents de la Banque de France - , était l’un des vingt membres ès qualités du Conseil général du commerce créé par le Consulat (1802). Ce « conseil de négociants » appelés auprès du ministre de l’intérieur, réorganisé par l’ordonnance du 23 août 1819, était chargé d’orienter la stratégie des échanges commerciaux alors gérés par cette administration : son service de la balance du commerce était responsable de « la révision du tarif des douanes françaises ».

A la mort de François Delessert (1868), la banque familiale était liquidée depuis une vingtaine d’années. L’hôtel d’Uzès fut détruit lors du percement de la rue d’Uzès et du lotissement d’un vaste domaine immobilier entre 1870 et 1880.

 

Sources bibliographiques

Almanach impérial années 1805 à 1813 : version BNF numérisée.
• Decrusy, Isambert, Jourdan, Recueil général des anciennes lois françaises. Paris : Belin-Leprieur, 1826-1827.
• Gallet, Michel, Les architectes parisiens du XVIIIe siècle. Paris : Mengès, 1995.
• Goncourt, Edmond et Jules de, Histoire de la société française pendant le Directoire. Paris : Dentu, 1855.
• Hurtaut, Pierre Thomas Nicolas et Magny R. (« ancien premier commis des fermes du roi »), Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs. Paris : Moutard, 1779.
• Ministère de l'économie, de l'industrie et de l’emploi. Ministère du budget, des comptes publics et de le fonction publique. Direction générale des douanes et des droits indirects, Histoire de la douane. www.douane.gouv.fr

 

 

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