HÔTEL DES MONNAIES
11 Quai de Conti
Administration des monnaies et médailles
Service de la garantie
Fabrication des timbres-poste

HÔTEL des Monnaies
De l'ancienne manufacture de la rue de la Monnaie (1)
à l'hôtel du quai de
Conti (2)
Un pouvoir régalien, la frappe des monnaies métalliques.
Dès le début du Moyen Age, le pouvoir royal organisa la fabrication et la diffusion des monnaies, multipliant ordonnances et règlements pour en encadrer le contrôle. La protection de ce pouvoir régalien fut confiée à une juridiction spécifique, la Chambre des monnaies, établie à Paris en 1358 dans l’île de la Cité, dans des locaux contigus à ceux de la Chambre des comptes. Mais les attributions de ce tribunal, qui manifesta très tôt son indépendance face aux prétentions des magistrats du Parlement et aux compétences des ateliers monétaires, ne s’exerçaient alors que dans le ressort de la généralité de Paris. Quand elle devint Cour des monnaies en 1552 et juridiction souveraine à compétence civile et criminelle, son ressort s’étendit à la totalité du royaume, sauf entre 1704 et 1771, où le sud du territoire releva de la Cour des monnaies de Lyon. La Cour des monnaies fut supprimée en 1791 avec les autres tribunaux d’ancien régime.
Géographie des ateliers monétaires parisiens sous l’Ancien Régime.
Les ateliers monétaires étaient répartis sur l’ensemble du territoire du royaume. A Paris, on connaît au moins cinq implantations successives pour l’atelier officiel de frappe des monnaies.
Le grand hôtel fut détruit pour honorer une commande de Louis XV dans ses lettres patentes du 7 janvier 1765 : la construction du siège de l'administration chargée de l'exécution des lois monétaires, et des ateliers nécessaires à la fabrication des monnaies et au contrôle de la garantie des matières d'or et d'argent. A la fin des années 1760, en effet, les bâtiments de la rue de la Monnaie menaçaient ruine : ils furent à leur tour abattus en 1776, après l’achèvement de l’hôtel du quai de Conti. Le choix de l’emplacement du chantier confié à l’architecte Jacques-Denis Antoine avait été finalement arrêté sur la rive gauche de la Seine, face au palais du Louvre. Ainsi le nouvel hôtel demeurait-il comme ses prédécesseurs dans le périmètre étroit de l’ancienne enceinte de la ville ; seul le Pont Neuf séparait l’ancien et le nouvel hôtel : ce dernier se trouverait toujours, selon les termes des lettres patentes du 16 avril 1768, « à la portée des orfèvres et autres commerçants et trafiquants des matières d’or et d’argent ».
A peine sa construction commencée, le tracé du nouvel hôtel était déjà imprimé sur le plan de Paris de 1771 de Didier Robert de Vaugondy. Le chantier correspondait au cadre institutionnel défini par la déclaration royale du 1er septembre 1776, ordonnant « de substituer à des établissements anciens, qui ne peuvent plus répondre suffisamment à la sagesse des vues de ceux qui les ont formés, des établissements nouveaux plus convenables aux circonstances actuelles ». Dès l’origine, les nouveaux bâtiments furent conçus pour recevoir une manufacture : l’appel d’offres exigeait de vastes ateliers d’un seul tenant, permettant plus particulièrement le contrôle des ouvriers monnayeurs. Les presses monétaires et les laminoirs furent utilisés en ces lieux jusqu’au transfert des activités de frappe des monnaies à Pessac en 1973.
L’hôtel de Conti entretenait une collection de monnaies françaises et étrangères, et renfermait un cabinet de minéralogie. Par un arrêt de son Conseil du 19 mars 1783, Louis XVI y fit établir une école des Mines « à l’instar de celle qui a été établie avec tant de succès sous le règne du feu roi pour les Ponts et Chaussées ». L’école demeura quai de Conti jusqu’en 1794.
La Monnaie de Paris, unique atelier monétaire.
Au lendemain de la Révolution, l’Assemblée législative décréta le regroupement de services, du fait de l’incapacité de la commission des monnaies créée en 1791 à juguler les effets conjugués de la « division [administrative] des opérations monétaires » et de la perturbation du fonctionnement des ateliers, consécutive à l’apparition du papier-monnaie. Le législateur fit donc table rase de l’ancienne administration des monnaies :
L’appellation « commission des monnaies » perdura jusqu’à la fin du Second Empire. Une série d’ordonnances royales réorganisa ce service, au sein de l’administration centrale du ministère des finances : il fut désormais sous la responsabilité d’un président et de deux commissaires généraux (26 décembre 1827) et reçut la gestion du service de la Monnaie des médailles (24 mars 1832). La nouvelle commission des monnaies et médailles comprenait à la fois le service des monnaies, des médailles et de la garantie des matières d’or et d’argent, ainsi que le musée des monnaies et médailles (17 décembre 1844). Ce dispositif confirmait une situation plus ancienne : l’atelier du service de la Monnaie des médailles, chargé de la frappe des médailles, était installé depuis 1609 dans la grande galerie du Louvre, et avait été transféré en juin 1807 par son directeur, Vivant Denon, rue Guénégaud, dans une dépendance de la Monnaie de Paris.
La loi du 19 brumaire an VI (9 novembre 1797) réorganisa les bureaux de garantie sous la double tutelle de l’administration des monnaies et de la régie de l’enregistrement. Le service de la garantie des matières et ouvrages d’or et d’argent fut alors installé dans l’hôtel de la Monnaie, au n° 2, rue Guénégaud. Il exerçait une mission régalienne depuis le XIIIe siècle pour assujettir la corporation des bijoutiers et orfèvres à des prescriptions garantissant le titre en métal précieux des ouvrages réalisés par leurs soins.
L’administration des monnaies eut aussi la charge de diriger, surveiller et contrôler la fabrication du timbre-poste. La direction générale des postes, création du Consulat, avait été placée sous la tutelle du ministre des finances par la loi du 28 ventôse an XII (19 mars 1804). L’atelier du timbre-poste fut installé à la Monnaie, dans les locaux de l’hôtel Laverdy ou « petit hôtel Conti », impasse de Conti. Le 1er septembre 1848, Etienne Arago, directeur général des postes, s’adressa donc à l’administration des monnaies pour convenir de la gravure du premier timbre-poste. Ce fut le « Cérès noir » à 20 centimes, mis en vente le 1er janvier 1849. Il était l’œuvre de Jacques-Jean Barre, qui fut graveur général de la Monnaie de Paris de 1842 à 1855. La Monnaie de Paris imprima et diffusa les timbres-poste français jusqu’en 1876.
Juste après la guerre franco-prussienne, le ministère Thiers transforma l’administration des monnaies et médailles en une direction du ministère des finances (arrêté du 25 juin 1871). Adoptée sans débat par les deux assemblées sous l’influence du ministre des finances Léon Say, la loi du 31 juillet 1879 institua une commission de contrôle de la circulation monétaire et mit un terme à la dispersion des ateliers monétaires (il en restait trois en 1865 : Paris, Strasbourg et Bordeaux). Un décret d’application du 20 novembre 1879 confirmait l’abandon du régime de l’entreprise pour la frappe de la monnaie ; celle-ci, directement assurée par l’Etat sous la forme d’une « régie de la fabrication », était confiée à un atelier unique, à Paris.
Restructuration et affectation des bâtiments.
L’apport technologique en presses mécaniques et en machines à vapeur au cours des années 1840 nécessita une complète restructuration des ateliers. Située dans l’axe de la cour principale, la salle du monnayage vit son plafond rehaussé. Elle était « privée tout à la fois d’air et de jour, à cause du peu d’élévation de la voûte et du manque absolu d’ouvertures », comme le confirmaient les débats à la chambre des députés, lors du vote de crédits extraordinaires pour 1844 et 1845.
Une loi du 26 décembre 1908 limita les compétences de la Monnaie à la fabrication et au contrôle de l’emploi des poinçons. Le ministère des finances examina la demande que le directeur du service de la garantie avait formulée dès 1904 pour l’acquisition de l’immeuble du n° 20, rue des Quatre-Fils, face aux hôtels de Soubise et de Rohan (Imprimerie nationale). Par un acte administratif du 26 juin 1909, il opta pour l’échange de terrains avec la Ville de Paris. La mise à disposition de ce terrain situé sur l’ancien marché du Temple, entre les rues Perrée, Paul-Dubois et Gabriel-Vicaire, permit au législateur de lancer dès 1912 « la construction des bâtiments de la garantie et du laboratoire des finances ». Le traitement du dossier, bloqué par la guerre, ne fut réglé qu’en 1925, dans le cadre des travaux de la commission de Monzie (Le renouveau du service des Domaines).
A la même époque se dénoua un différend qui avait pris corps avant le conflit mondial. En 1908, le ministre des finances Caillaux avait refusé à son collègue des Beaux-Arts le classement comme monument historique de certaines parties de l’hôtel des Monnaies. Avaient présidé à cette décision des considérations touchant au bon entretien de l’hôtel par l’administration des finances et à l’éventuelle perte de valeur des immeubles qu’entraînerait le classement en cas d’aliénation. Ses successeurs opposèrent à leur tour une fin de non-recevoir aux nouvelles demandes des Beaux-Arts en 1928, 1933 et 1944. L’hôtel fut finalement classé le 14 mars 1945.
Une nouvelle Monnaie de Paris
Depuis 1973 et la mise en place de l’établissement de Pessac qui assure l’ensemble des fabrications de monnaies métalliques, françaises et étrangères, l’hôtel du quai de Conti a réorganisé ses missions. Il gère les services administratifs et commerciaux, ainsi que le musée de la monnaie créé en 1833 et refondé en 1988. Il exploite les ateliers de fabrication de médailles, de décorations officielles, de monnaies de collection et d’objets d’art.
Dans le cadre du programme de mise en circulation de l’euro au 1er janvier 2002, l’atelier de la Monnaie entreprit dès l’été 1997 la gravure des matrices de référence pour la frappe des pièces, opération ensuite lancée en mai 1998 à Pessac. La Monnaie de Paris fut également confrontée, dès la fin 2001, au retrait d’environ 10 milliards de pièces en franc et à leur recyclage, puis à la délocalisation de la frappe des monnaies de collection à Pessac en 2004.
Depuis le 1er janvier 2007, la Monnaie de Paris est un établissement public de l’Etat à caractère industriel et commercial, la loi du 21 décembre 2006 mettant un terme au régime de budget annexe des Monnaies et Médailles (code monétaire et financier, art. L 121-3 à 5). L’établissement est administré par un conseil d’administration. Il est soumis pour sa gestion financière et comptable aux règles applicables aux entreprises industrielles et commerciales. Sa relation avec l’Etat s’effectue dans le cadre d’un contrat d’entreprise pluriannuel. L’hôtel des Monnaies est mis à sa disposition à titre de dotation.
Notons enfin la substitution de la fonction de chef du service de la gravure à celle de graveur général, charge créée au XVIe siècle par le roi Henri II : cette dernière fonction a été supprimée en 2001. Elle était étroitement liée, depuis les années 1880, à l’obtention du Grand Prix de Rome, qui avait été lui-même supprimé en 1968.
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Sources bibliographiques
• Bibliothèque nationale de France-Gallica. Plans historiques de Paris.
• Darnis Jean-Marie. Catalogue des fonds d’archives de la Monnaie de Paris. Paris : Direction des Monnaies et Médailles, 2 vol. 1996 et 1999.
• Ministère de l’économie, de l'industrie et de l’emploi.
Ministère du budget, des comptes publics et de la fonction publique. Centre des archives économiques et financières. Cotes B 14 413 et 14 382